Tandis que je marchais le long du corridor de liaison (*), j'observais par la fenêtre poulpe (*) le paysage autour du complexe réagir aux jets de chwingouse roses.

De grandes collines molles s'étendaient jusqu'à l'horizon, traversées par des sortes de routes et crevasses gercées. De-ci de-là, quelques champiflons ondulaient ou vibraient sous l'effet des tensions des chwingouses, collées au sol mou comme du slime trop sucré.

Par endroits, on apercevait des cavités dans lesquelles un oeil globuleux inquiet scrutait le vaisseau stationné sur la zone. Et en surface, des oeillards s'affairaient sur leurs longues pattes souples munies de ventouses. Des files de petits oeillis couraient vers l'entrée Sud-Est du complexe, laissant les champs de tubulures bleues et de carottes poilues sous la protection des feuillards, eux-mêmes très sensibles aux vibrations.

Au loin, un pied de lanviche, avec ses longues feuilles comme des langues mortelles, capables d'attraper des mouches géantes en plein vol, semblait imperturbable, même avec un jet de chwingouse à quelques mètres.

A l'horizon, j'apercevais les crêtes dentelées des monts Rochetel, menaçants comme des montagnes acérées et mouvantes.

Et derrière cet horizon, les 2 lunes étaient presque alignées. Gazu, la plus grosse, avec des pics immenses, et Gumma, devant elle, mi soleil mi lune, flamboyante de contraste, sa moitié lumineuse qui émettait une clarté solaire grâce aux minerais d'Emium, restes de l'ancienne civilisation Reza qui l'avait habité jadis, et son autre moitié, plutôt argentée, et crevée de l'énorme trou béant qu'avait laissé l'explosion quartztique.

Et au-dessus de cette scène, l'immense vaisseau

des Ganz assombrissait les terres et projetait ses lames roses et collantes pour stimuler ces landes qui commençaient sérieusement à durcir.

J'arrivais enfin au bout du corridor, et traversais le sas d'entrée dans le complexe Est.

(*) corridor de liaison

Sorte de passage comme un long couloir reliant 2 bâtiments, mais de 2 à 5m de long en apparence, avec une unique fenêtre. Dans ce sas, la distance réelle est compressée, ce qui fait qu'on avance comme sur un escalator plat, cad plus vite, mais que la fenêtre ne bouge pas. Le paysage extérieur défile de manière normale, donc plus vite que la vitesse relative de nos pas.

(*) fenêtre poulpe

Une fenêtre vivante qui se plait à changer de forme selon la luminosité, son humeur, mais aussi son affinité avec les personnes traversant le corridor, ce qui peut devenir très pénible quand elle a peur de nous et qu'on doit traverser 500m de distance, sur place, et avec une minuscule fenêtre fermée.